Directrice de l'orphelinat d'Albia
Mama
Directrice de l'Orphelinat d'Albia
Mama dirige l’orphelinat d’Albia depuis si longtemps que plus personne ne se souvient de l’avoir vue autrement qu’en mouvement, trottinant de salle en salle, un tablier noué à la taille, courant après les enfants pour leur apprendre à devenir de bonnes personnes. Elle a dépassé les quatre-vingts ans, c’est tout ce que l’on sait. Son âge véritable demeure un secret qu’elle entretient avec un plaisir à peine dissimulé, et lorsqu’on ose le lui demander, elle se contente de sourire en répondant qu’une dame n’a jamais l’âge que lui prêtent les autres. Seul le roi Tholbred pourrait peut-être le deviner, lui qui la connaît depuis des années et qui n’a jamais cherché à percer ce mystère.
Sous ses airs de grand-mère un peu bourrue, Mama cache une tendresse immense pour les enfants qu’on lui confie. Elle les protège du mieux qu’elle peut, avec la ferveur d’une louve : elle veille à ce qu’ils mangent à leur faim, essuie leurs larmes sans en avoir l’air et n’hésite pas à hausser le ton face à quiconque oserait leur chercher querelle, fût-il un notable de la ville.
Cette bienveillance ne s’oublie pas. Tous ceux qui ont grandi entre les murs de l’orphelinat lui ont toujours témoigné un profond respect, y compris ceux que la vie a menés loin, jusqu’aux sphères du pouvoir et de l’influence. Devenus seigneurs, marchands ou conseillers, ils baissent encore la voix en franchissant sa porte et se laissent gronder comme des enfants de dix ans.
Pourtant, parmi toutes ces petites têtes passées sous son toit, trois ont laissé en elle une empreinte singulière : Sahel, Hassan et Bow. Chacun d’eux occupe une place à part dans son cœur, et Mama serait bien incapable d’expliquer pourquoi. Sahel et Hassan lui rendent visite régulièrement. Elle les attend toujours avec impatience, prépare leurs plats préférés comme au premier jour, et chacune de leurs venues lui réchauffe le cœur plus sûrement que le feu de la cheminée.
Bow, lui, ne donne plus de nouvelles. Aucune lettre, aucun message, pas même un mot transmis par un voyageur de passage. Mama n’en parle jamais, mais on la surprend parfois à s’arrêter net au milieu de ses courses, le regard tourné vers la route, comme si elle espérait encore y voir apparaître une silhouette familière. Elle refuse de croire à l’oubli. Si Bow se tait, c’est qu’il y a une raison, et cette raison l’inquiète bien plus qu’elle ne veut l’admettre.